
Impact du dérèglement climatique sur le régime de l'Ortolo

1. Contexte et objectifs
Cette étude porte sur le haut bassin versant de l’Ortolo, au niveau de la station hydrométrique de Vignalella – Levie.
L’objectif est de caractériser le fonctionnement hydrologique actuel et futur du bassin, en intégrant la topographie, l’occupation du sol et les évolutions climatiques projetées à l’horizon de la fin du XXIᵉsiècle.
La délimitation topographique, réalisée à partir d’un modèle numérique de terrain (MNT), conduit à une superficie de bassin versant d’environ 26 km².
2. Morphologie du bassin et occupation du sol
Le bassin versant est bordé au sud par la montagne de Cagna et les crêtes de Compolelli et de Monaca, avec une topographie marquée dominée par la Punta di a Vacca Morta.
Le versant nord, plus ouvert, s’oriente vers le bassin du Fiumicicoli.
L’occupation humaine y est très limitée (hameaux de Radici, Buzzacone et Carpolitano) et le couvert forestier est largement dominant.
En aval, le cours d’eau est régulé par le barrage de l’Ortolo, qui structure le fonctionnement hydrologique du bassin versant aval.
3. Évolution climatique projetée
L’analyse climatique s’appuie sur les données SAFRAN, les projections DRIAS et le scénario TRACC +4 °C, à l’échelle de la commune de Levie et du haut bassin versant.
Les résultats indiquent :
- une augmentation moyenne annuelle de température de +4,4 °C à l’horizon 2100, atteignant +6,3 °C en été ;
- une forte hausse des nuits tropicales, passant d’environ 22 nuits/an actuellement à près de 100 nuits/an vers 2075 ;
- une multiplication des jours > 35 °C, de 1 jour/an sur la période de référence (1976–2005) à environ 20 jours/an.
Les cumuls annuels de précipitations diminueraient d’environ 7 %, avec une baisse très marquée en été (–30 % entre juin et août).
En revanche, les précipitations journalières extrêmes augmenteraient fortement (jusqu’à +60 %), traduisant une intensification des événements rares.
Parmi les modèles régionaux analysés (ALADIN63, HadREM3, HIRHAM5, RegCM4-6), ALADIN63 apparaît comme le plus cohérent pour ce territoire. Il projette une hausse de la pluie décennale de +22 % dès 2025 et +56 % vers 2075, avec une lame d’eau journalière moyenne passant de 79 mm à 123 mm, proche des niveaux centennaux actuels.
4. Couvert forestier et fonctionnement hydrologique
D’après la BD Forêt® (IGN, 2023), le bassin est quasi exclusivement couvert par une chênaie sempervirente à chêne vert (Quercus ilex).
Ce faciès sclérophylle, typiquement méditerranéen, est déjà adapté à des conditions chaudes et sèches.
La quasi-absence d’essences plus mésophiles (châtaigniers, chênes pubescents, pins laricio) traduit un stade avancé de méditerranéisation du couvert forestier, susceptible de s’accentuer dans le futur.
Cette végétation maintient une évapotranspiration active toute l’année, y compris en hiver, limitant la recharge des écoulements de base et favorisant :
- une réactivité rapide en crue,
- une déplétion accélérée en période d’étiage.
5. Modélisation pluie–débit et résultats hydrologiques
Les débits sont observés depuis 1998 à la station de la RD365.
Un modèle hydrologique GR4Ja été utilisé pour reconstituer les débits à partir des données SAFRAN (pluie et évapotranspiration).
Le modèle restitue correctement les débits moyens, mais présente une surestimation structurelle des faibles écoulements, liée à son débit basal non nul.
Un quantile remapping (CDF matching) a donc été appliqué afin d’ajuster la distribution des QMNA simulés à celle des QMNA observés, permettant de mieux représenter les assecs estivaux.
QMNA5 observé : 11,5 L/s
QMNA5 simulé corrigé à l’horizon 2075 : ~6 L/s
Concernant les crues, le débit décennal n’augmente que d’environ +13 % à l’horizon 2075, malgré une hausse beaucoup plus forte des pluies extrêmes (+56%).
Ce résultat s’explique par la forte capacité d’amortissement du bassin versant, liée au couvert forestier et à la non-linéarité des processus de ruissellement en contexte méditerranéen.
6. Synthèse et perspectives
Cette étude met en évidence que l’intensification des précipitations extrêmes ne se traduit pas mécaniquement par une amplification proportionnelle des crues.
Le fonctionnement hydrologique futur du haut bassin de l’Ortolo serait dominé par :
- des étiages plus sévères et plus longs, avec un fort impact sur les écosystèmes aquatiques,
- une variabilité interannuelle accrue,
- des crues modérément amplifiées, mais non explosives, avec un décalage des niveaux de fréquence (l’occurrence centennale actuelle devenant proche de la décennale future).
Ces résultats soulignent l’importance d’une lecture intégrée climat–sol–végétation–hydrologie, indispensable pour adapter les stratégies de gestion de l’eau en contexte méditerranéen face au dérèglement climatique.





